Aux grands maux les grands remèdes : la médecine populaire à Sainte-Brigitte-de-Laval

De nos jours, qu’on souffre d'un rhume, d’un mal de tête ou de dents, rares sont les fois où nous sommes désemparés face à ces maux, grâce à la panoplie de soins de santé et de médicaments disponibles à portée de main. Toutefois, ceci n’a pas toujours été le cas.
Les remèdes traditionnels et la médecine populaire à Sainte-Brigitte-de-Laval
Pendant longtemps, les habitants de Saint-Brigitte-de-Laval se sont soignés en développant leur propre pharmacopée, en puisant dans un large éventail de pratiques, parfois de superstitions, souvent transmis oralement d’une génération à une autre ; autrement dit, la médecine populaire. Effectivement, en raison de l'emplacement plus éloigné de la paroisse, il était difficile d’obtenir des services de santé au moindre petit trouble, poussant ainsi les habitants à mobiliser ce type de connaissances. Ainsi, en 1951, plus de 200 recettes et pratiques sont recensées par Soeur Marie-Ursule Sanschagrin, qui mène des enquêtes de terrain à Sainte-Brigitte-de-Laval afin de constituer sa thèse de doctorat, Civilisation traditionnelle des Lavalois. Les habitants peuvent par exemple compter sur les plantes, ressources facilement accessibles et souvent gratuites ; on en trouve dans son jardin ou on se tourne vers les plantes sauvages. Elles sont utilisées en tisane ou typiquement, par exemple en cataplasme, mais également mâchées, coupées et broyées. On utilise également diverses parties d’une même plante, les racines autant que les feuilles. Les remèdes sont entre autres assimilables à la faune caractéristique de la région, comme la gomme de sapin ou d’épinette. Parfois, les propriétés médicinales attribuées à la plante sont basées sur son aspect physique.

C’est le cas de la vipérine, plante herbacée utilisée pour soigner les morsures de vipères, puisqu’elle a une tige tachetée, tout comme le reptile. D’autres plantes présentes dans le recensement sont aujourd’hui reconnues pour diverses leurs propriétés. Par exemple, l’achillée millefeuille, ou l’herbe à dinde, était utilisée pour faire passer une fièvre ; aujourd’hui, elle est reconnue efficace contre la perte d’appétit, aux douleurs menstruelles et à la dyspepsie. De plus, cette plante fait partie de la pharmacopée autochtone depuis des millénaires.
Plantes médicinales, superstitions et soins d’autrefois
Toutefois, lorsque les maladies empirent et que les plantes se révèlent inefficaces, on se tourne vers la superstition, ayant recours à des pratiques moins rationnelles. Par exemple, pour se débarrasser de verrues, il était recommandé de tracer, avec une craie, une croix à l'intérieur de la porte du poêle. Un autre remède, cette fois-ci connu pour faire disparaître des boutons, consiste à se baigner le jour de la Saint-Jean-Baptiste. Finalement, pour guérir un mal de cœur était recommandé de porter sur soi le cheveu d’un enfant né après la mort de son père. Malgré ce désemparement, ce ne sont pas les ressources qui manquent, car les habitants utilisent tout ce qui leur tombe sous la main. Par exemple, il est conseillé de boire de l’eau ayant bouilli dans un nid de guêpes afin de soigner la coqueluche, ou encore d’utiliser des toiles d’araignées pour arrêter l’écoulement de sang d’une blessure. Même si ces remèdes semblent avoir une efficacité vraisemblable, d’autres, indiqués dans le répertoire, sont encore d’actualité, comme le fait de retenir sa respiration pour arrêter le hoquet, ou d’utiliser le pissenlit pour ses propriétés diurétiques, entre autres contre l’engorgement du foie.
Également, si les médecins sont difficiles d’accès, il en est autant pour les vétérinaires. Les soins imaginés par les paroissiens pour les animaux sont à peu près semblables à ceux des humains, ayant souvent recours aux mêmes ressources. Par exemple, les cerises sont utilisées abondamment, par exemple en tisane avec de l’écorce d’aulne pour n’importe quel mal affligeant l’animal. Or, les cerises sont également utilisées pour purger le corps, ou pour les troubles de reins chez les humains. Plus spécifiquement, beaucoup de remèdes sont imaginés pour les chevaux, attestant de la place importante qu’occupait cet animal dans la paroisse. Effectivement, puisque l’achat de cette bête était plutôt onéreux pour les ménages plus modestes, il était impératif d’assurer la santé du cheval.
Finalement, avec l’électrification de la paroisse, débutant en 1941, et la modernisation progressive de Sainte-Brigitte-de-Laval, ces pratiques sont peu à peu abandonnées pour faire place aux pratiques de médecine moderne. Toutefois, qu’ils soient vraisemblables ou non, ces remèdes reflètent l’esprit de communauté qui assure le partage de ces connaissances. Ce foisonnement de remèdes traditionnels illustre également la débrouillardise et l’imagination dont ont fait preuve les Lavalois dès le début de la paroisse.
Bibliographie
DIONNE, Jean-Yves. Achillée Millefeuille. Passeport Santé. 3 mai 2022. https://www.passeportsante.net/fr/Solutions/PlantesSupplements/Fiche.aspx?doc=achillee_millefeuille_ps.
MARIE_URSULE, Soeur. Civilisation traditionnelle des Lavalois. Québec, Presses de l’Université Laval, 1951, 403 p.
ROUILLARD, Léna et al. Sainte-Brigitte-de-Laval. Une municipalité d’origine irlandaise, au coeur de la forêt laurentienne. Ministère de la culture et des communications du Québec, 2003, 32 p.



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