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Le Cercle de Fermières : un organisme ancré dans l’histoire de Sainte-Brigitte-de-Laval

  • Maëva Boutin
  • 22 janv.
  • 5 min de lecture

Aujourd’hui comme hier, le Cercle de Fermières de Sainte-Brigitte-de-Laval est un organisme principalement destiné à la transmission du patrimoine artisanal entre femmes. La formation du Cercle et les pratiques qui composent son identité sont partie intégrante de l’histoire de Sainte-Brigitte-de-Laval.  Plus qu’une richesse patrimoniale, cet organisme livre également un passé passionnant.


Des pratiques préliminaires


Les savoir-faire artisanaux sont présents sur le territoire lavalois depuis bien plus longtemps que la création de l’organisme. Effectivement, ils trouvent leurs racines dans le quotidien paroissial. Dans son ouvrage Civilisation traditionnelle des Lavalois, soeur Marie-Ursule Sanschagrin témoigne que, aux origines de l’établissement à Sainte-Brigitte-de-Laval, le manque de ressources monétaires des cultivateurs incitait les femmes à faire preuve d’ingéniosité afin de subvenir aux besoins du ménage. Certains objets, comme les vêtements et autres produits textiles, étaient confectionnés et non achetés. Par exemple, les femmes tricotaient et tissaient au métier, deux pratiques encore vivantes au sein du Cercle de Fermières.


Ainsi, la prospérité de ces habiletés artisanales, tout particulièrement liées aux textiles, est avant tout une réaction aux moyens financiers restreints dans les ménages lavalois, mettant en lumière la résilience et la débrouillardise des femmes de cette époque.


Cependant, vers la moitié du 20e siècle, ces pratiques sont tranquillement abandonnées et sont peu à peu vues par les habitants de Sainte-Brigitte-de-Laval des éléments relevant du folklore historique plutôt que de la réalité quotidienne. Sœur Marie-Ursule évoque deux explications au délaissement du savoir-faire artisanal. D’une part, la proximité avec la ville de Québec permet de se procurer facilement des biens marchands, comme des vêtements, rendant la production artisanale désuète.


D’autre part, ces pratiques sont absentes des coutumes irlandaises, population pionnière de la paroisse, expliquant leur manque de pérennité. Malgré cette perte en importance, une vingtaine de pratiques sont gardées en mémoire, certaines décrites par sœur Marie-Ursule, comme le métier à tisser, le tricot, et même les « bottes sauvages », des chaussures rustiques en cuir.


Ces enquêtes menées par sœur Marie-Ursule révèlent que l’artisanat féminin est lié, depuis la naissance de la paroisse, au quotidien des habitants, mais que sa présence dans l’histoire locale est un acquis depuis le dernier siècle et demi.


Femme manipulant un rouet (Sœur Marie-Ursule, Civilisation traditionnelle des Lavalois, p. 137.)
Femme manipulant un rouet (Sœur Marie-Ursule, Civilisation traditionnelle des Lavalois, p. 137.)

Un vent de changement


La pratique reprend en vitalité et s’implante officiellement à Sainte-Brigitte-de-Laval avec l’avènement du phénomène de Cercle de Fermières. Si les premiers sont créés dès 1915 afin d’améliorer les conditions de vie des femmes en milieu rural, c’est en 1950 que l’idée d’un Cercle germe dans la municipalité. Le 22 février 1950 est officiellement fondé le Cercle de Fermières de Sainte-Brigitte-de-Laval, sous la direction de Marguerite Fortin, représentante du ministère de l’Agriculture du Québec. La première présidente du Cercle est Marguerite Giroux. À sa création, le Cercle comptait 45 membres, toutes désireuses de construire un milieu favorable à la transmission de connaissances artisanales.

Le premier Cercle de Fermières de Sainte-Brigitte-de-Laval (1ère rangée de gauche à droite : Mme Joseph Simoneau, Mme Wildbrod Thomassin, Mme Delphis Clavet ; 2e rangée de gauche à droite : Mme Daniel Giroux, Mme Pierre Auclair, Mme Jean-Louis Auclair, Mme Jean-Charles Thomassin, Album-souvenir, Centenaire de Ste-Brigitte-de-Laval,  p. 58)
Le premier Cercle de Fermières de Sainte-Brigitte-de-Laval (1ère rangée de gauche à droite : Mme Joseph Simoneau, Mme Wildbrod Thomassin, Mme Delphis Clavet ; 2e rangée de gauche à droite : Mme Daniel Giroux, Mme Pierre Auclair, Mme Jean-Louis Auclair, Mme Jean-Charles Thomassin, Album-souvenir, Centenaire de Ste-Brigitte-de-Laval,  p. 58)

Pour pallier le manque de connaissance, des cours sont donnés par les techniciennes du ministère de l’Agriculture, renseignant les premières Fermières lavaloises sur le tissage, la confection de chapeaux, l’art culinaire ou encore le crochetage. La création de cet organisme assure la représentation de savoir-faire dont la pratique est tombée dans l’oubli, pourtant autrefois ancrée depuis longtemps dans le mode de vie paroissial. Ce geste pérennise les pratiques et leur donne un tremplin pour augmenter son accessibilité à davantage de femmes.


Un geste symbolique : la construction du sous-sol de l’Église


Photo de la construction du sous-sol de l’Église (Comité de la Poterie / Cercle de fermières, 1982)
Photo de la construction du sous-sol de l’Église (Comité de la Poterie / Cercle de fermières, 1982)

Les Fermières ont cependant besoin d’espace pour s’adonner librement à leurs pratiques. Dans un effort conjoint avec le Comité de la poterie, le sous-sol de l’église est creusé et aménagé grâce à une subvention de 63 000 $ obtenue par le comité du gouvernement fédéral. La première pelletée de terre est soulevée le 9 décembre 1982 par le député Louis Duclos.


Les Fermières s’impliquent personnellement dans la conception de ce nouvel espace, comme l’appuie la photo ci-dessous. À peine trois mois plus tard en 1983, la construction du sous-sol est achevée. Un local y est alors prévu pour les Fermières afin d’entreposer leur matériel. Le reste de l’espace est attribué aux fours du Comité de poterie et à d’autres activités culturelles.


Le conseil administratif actuel (de gauche à droite : Suzie Bergeron, présidente Françoise Dawson, trésorière, Jocelyne Fortier, vice-présidente et responsable des arts textiles, Louise Bélanger, secrétaire, Doris Roy, conseillère aux communications et recrutement et (absente sur la photo) France Brind'Amour, conseillère aux actions communautaires (absente sur la photo). Photo : Suzie Bergeron.
Le conseil administratif actuel (de gauche à droite : Suzie Bergeron, présidente Françoise Dawson, trésorière, Jocelyne Fortier, vice-présidente et responsable des arts textiles, Louise Bélanger, secrétaire, Doris Roy, conseillère aux communications et recrutement et (absente sur la photo) France Brind'Amour, conseillère aux actions communautaires (absente sur la photo). Photo : Suzie Bergeron.

Ce nouvel espace offre donc une multitude de possibilités pour le jeune organisme. Entre autres, la construction du sous-sol de l’église assure l’espace pour entreposer le matériel du Cercle, comme leurs volumineux métiers à tisser. Depuis 1983, le Cercle de Fermières de Sainte-Brigitte-de-Laval a fait du sous-sol de l’église un havre de connaissances et de partage où les femmes de la communauté peuvent bénéficier du savoir-faire artisanal.


Aujourd’hui, le Cercle de Fermières participe aussi activement à la vie communautaire. Par exemple, elles ont participé aux festivités du 160e anniversaire de création de la ville par la conception d’un tartan aux armoiries de la ville, soulignant leur lieu indéniable à l’histoire de la ville. Quant à ce que le futur réserve, le centre culturel qui sera prochainement construit dans le cœur villageois devrait détenir des locaux hébergeant l’organisme, qui y déménagera en 2027. La nouvelle a été annoncé au dernier conseil municipal.


Conclusion


Plus qu’un organisme, le Cercle de Fermières est avant tout composé de femmes gardiennes d’un patrimoine immatériel hérité des origines paroissiales de Sainte-Brigitte-de-Laval.  Elles-mêmes sont liées à l’histoire lavaloise, par exemple par la construction du sous-sol de l’église. De plus, plusieurs membres arborent les patronymes des familles fondatrices de la ville, comme Fortier, Auclair et Thomassin.


Alors que les pratiques du Cercle, comme le tissage et le tricot, étaient autrefois réalisées par les femmes à des fins utilitaires, elles relèvent aujourd’hui plus de l’esthétisme. Néanmoins, si une chose a perduré au fil du temps, c’est la détermination de ces femmes. Effectivement, le Cercle de Fermières agit comme un lieu qui favorise la construction d’une identité féminine locale et jette les bases d’une communauté qui s’entraide et valorise le partage des savoir-faire.


Bibliographie

CLAVET, Jocelyne. « Le Cercle de Fermières. Le respect, une des grandes valeurs des Cercles de Fermières du Québec ».Le Lavalois, avril 2022. https://lelavalois.org/Journaux/2022/03-Avril-2022.pdf.

 

COHEN, Yolande. Femmes de parole. L’histoire des cercles de fermières du Québec 1915-1990. Montréal, Le jour éditeur, 1990, 315 p.

 

MARIE_URSULE, Soeur. Civilisation traditionnelle des Lavalois. Québec, Presses de l’Université Laval, 1951, 403 p.

 

« Organismes ». Ville de Sainte-Brigitte-de-Laval, 2021. https://sbdl.net/organismes/. Consulté le 9 décembre 2025.

 

ROUILLARD, Léna et al. Sainte-Brigitte-de-Laval. Une municipalité d’origine irlandaise, au coeur de la forêt laurentienne. Ministère de la culture et des communications du Québec, 2003, 32 p.

 

BEAUDOIN, Jean-Paul, et al. Album-souvenir, Centenaire de Ste-Brigitte-de-Laval,  80 p.


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