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  • Photo du rédacteurMarc Gadoury

Des bohémiens chassés de Sainte-Brigitte-de-Laval dans les années 30


Champs et collines, vaches, village au loin. Sainte-Brigitte-de-Laval. George A. Driscoll. 1950. Source : BANQ

À la fin de l'été 1933, le village de Sainte-Brigitte-de-Laval fut le théâtre d'un événement hors du commun. Un étrange incident, rapporté dans les médias de l’époque, suscita l’émoi dans la paisible localité.

Le Soleil, 12 septembre 1933.

L’arrivée d’un fort contingent de bohémiens voyageant dans des camions, des automobiles et des roulottes-automobiles, éveille d’abord la curiosité des villageois alors qu'ils s’installent à proximité du village.


Les habitants, qui vaquent à leurs occupations quotidiennes, ne savent pas grand-chose de cette troupe de nomades, sinon qu'elle prétend vivre de la vente des produits agricoles.


Toutefois, la curiosité des villageois se transforme rapidement en méfiance à mesure que des rapports de vols et de déprédations se multiplient au cours d'une période de deux semaines. Des cultivateurs sont cambriolés et les poulaillers se vident à une vitesse effarante.


L'incident qui a changé la donne


Les choses dégénèrent lorsque ces bohémiens décident de piller la maison d'un vieillard de 82 ans, M. William Dawson. Voici ce que raconte l'article du journal Le Soleil à ce sujet :

M. William Dawson, vit envahir sa propriété par une dizaine d'hommes qui se mirent à piller son poulailler et à faire main basse sur un approvisionnement de légumes mis à l'abri dans un hangar. Comme le vieillard sortait de maison pour connaitre la cause de remue-ménage qu'il constatait du côté de sa dépendance, une autre bande, celle-là composée d'hommes et d'enfants, envahit sa propre maison et se mit à piller les armoires, les bahuts et les garde-robes.

Face à cette intrusion, M. Dawson alerte ses voisins, qui, excédés par les agissements des bohémiens, décident de prendre les choses en main. Une vingtaine de résidents se rassemblent pour expulser les intrus à coups de trique (bâtons de bois) et de cailloux. La confrontation a été vive, et les bohémiens, ne voulant pas s'exposer davantage à la colère des villageois, quittent le village durant la nuit.


Qui étaient ces bohémiens ?


Nous avons tenté d’en savoir plus sur cette troupe de bohémiens. L’article Au temps de colporteurs de Jeanne Pomerleau, publié dans la revue Cap-aux-Diamants, donne quelques indices sur leur mode de vie :

Les « bohémiens », eux, s'ils quêtent ou reçoivent à l'occasion des aliments, surtout du thé, du sel et du lard, sont moins dépendants; ils préparent eux-mêmes leurs repas, se procurent généralement des aliments en pêchant, en chassant, ou en « volant » pendant la nuit des patates dans les champs, ou des volailles dans les bâtiments. Certains offrent leurs services pour réparer les chaudrons, prédire l'avenir, ou troquent des objets de vannerie ou des onguents qu'ils ont fabriqués. Ils vendent ou échangent surtout des chevaux, parfois aussi des chiens. Ce sont eux qui fixent le prix à payer pour ces services rendus ou ces animaux vendus, même si presque toujours les clients «marchandent pour les faire baisser».

L’affaire cache également une triste réalité économique. Nous sommes en 1933, au coeur de la Grande Dépression, l'une des pires crises financières de l’histoire. Voici ce qu’écrit James Struthers au sujet de cette période dans son article « La crise des années 30 au Canada »:

La crise économique des années 1930 est un choc économique et social aux répercussions mondiales. Peu de pays sont frappés aussi durement que le Canada. En effet, des millions de Canadiens se retrouvent sans emploi, sans abri et dans le besoin. La perte d’emploi et de revenus partout au pays mène à la création de l’assistance sociale et à la montée des mouvements populaires.

Il n'est donc pas si inusité de voir à cette époque des groupes de personnes nomades, errer de village en village, en quête de petits boulots et de moyens de subsistance. Malheureusement, les comportements de ces nomades sont parfois également associés à la petite criminalité.


Conclusion


Cet épisode de justice populaire à Sainte-Brigitte-de-Laval comporte des aspects sociaux, économiques et humains.


C'est un témoignage inédit de l'histoire locale qui met également en évidence le fait que des événements en apparence isolés peuvent révéler des problèmes plus profonds de la société, dans ce cas-ci celle d'une crise économique de dimension nationale.


Sources

181 vues1 commentaire

1 Comment


Gary O'Brien
Gary O'Brien
Nov 06, 2023

Ce William Dawson, c'est l'arrière-grand-père d'Allen! Né en 1848, décédé en 1936, c'est le seul William qui aurait environ 82 ans en 1933.

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